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26 mars 2020
Grégoire Mahuzier

The Morgus family on the road - Nouvelle N°3

Partis de France le 5 août dernier nous parcourons le continent sud-américain durant un an, à bord de notre Defender 130 TD4 avec cellule aménagée pour 4 couchages. Dans le 1er numéro de la légende de Solihull, nous revenions sur notre arrivée en Amérique du sud, de Montevideo à Ushuaïa.

Nous quittons Ushuaïa à regrets. Quitter la Terre de feu c’est entrer sur le continent par la route 40, cette mythique voie qui traverse l’Argentine du nord au sud, longue de plus de 5000 km et dont la moitié seulement est asphaltée. Se croiser à vive allure sur le ripio (piste de cailloux) nous aura valu d’ailleurs de changer notre pare-brise à mi-parcours de notre périple le long de la Ruta 40. Ce qui n’a pas manqué de bien nous occuper quelques jours sur place ! En Amérique du sud, l’on trouve un spécialiste de pneus, un autre pour l’huile, d’autres encore pour la mécanique, la partie électrique, le rééquilibrage, etc. bref un poème lorsque l’on commence à vouloir effectuer plusieurs réparations !

La route 40 est à l’Argentine ce que la route 66 est aux USA. Ici les voyageurs le savent : la route va être longue et difficile (le vent est constant). L’essence est rare : même les seules quelques stations sont mal (voire pas du tout pendant plusieurs jours) approvisionnées dans le sud du pays. Dans ce cas, seuls les jerricanes sont salvateurs. Il n’est pas rare de ressentir cette ambiance désertique du film Bagdad Café, où le tenancier attend le client des heures, pouvant proposer quelques vivres en dépannage… même sur le continent ces ambiances de fin du monde demeurent, dans la poussière soulevée par les cailloux et les pick-up. Nous n’avons croiser que des gauchos et leurs troupeaux de moutons, seules âmes qui vivent là sur des centaines de kilomètres. Notre premier plantage s’est justement passé dans ce cadre, après 3h de ripio loin des routes fréquentées : un lac sublime au pied des montagnes, seuls au monde, idéal pour installer notre bivouac pour la nuit… à peine avions-nous roulé dans des traces existantes sur une dizaine de mètres que le mal était fait ! Nous n’arrivions plus à manœuvrer, prisonniers de la tourbe ! Nous aurons épuisé pas moins de 6 pick-up de passage pour nous tirer de là. Le seul résultat fut une vaste odeur de gomme cramée, notre véhicule toujours solidement campé dans son trou. Il n’ y aura qu’un énorme camion militaire qu’un de nos sauveteurs sera allé chercher, pour sortir nos 3 tonnes de cette tourbière en quelques instants à l’approche de minuit. La solidarité et la gentillesse des locaux ont été plus qu’au rendez-vous une fois encore ce soir-là. C’est ça le voyage !

Nous avons choisi de venir interrompre l’itinéraire de la Route 40 en faisant de temps à autre des incursions au Chili, en regagnant notamment la Carretera austral. Le parc Patagonia (surnommé le Serengeti du sud en référence à sa faune dense et végétation luxuriante) est une excellente entrée en matière pour cette route récente (une vingtaine d’années) qui serpente ensuite le long de lacs et rivières aux camaïeux de bleus et de verts incroyables. Du cobalt au turquoise, ces kilomètres parcourus n’ont été qu’éblouissements successifs. Ce séjour chilien s’est poursuivi sur l’île de Chiloe, que l’on a rejoint en ferry, par une traversée de 5h, où la vue sur les fjords verdoyants a constitué une douce transition avec l’aridité que nous avions eu ces deux derniers mois de voyage.

Ce voyage dans le voyage a été une échappée de qualité : ses églises en bois, dont une quinzaine est classée par l’UNESCO, ses maisons en bois de couleurs vives construites sur pilotis, un artisanat de qualité et un grand choix de fruits de mer, en ont vraiment fait une étape reposante et dépaysante. Nous avons même réussi à apercevoir des baleines bleues, pour la plus grande excitation de tous. Ce n’était pas la proximité incroyable dont nous avons pu bénéficier lors de notre étape en péninsule Valdès en octobre dernier, mais néanmoins grisant d’apercevoir des geysers au large, et d’assister à ce spectacle de la nature. Certains comparent Chiloe à la Bretagne car c’est l’endroit où il pleut le plus souvent. Cette comparaison est bien entendu un joli raccourci qui ne doit surtout pas arrêter ceux d’entre vous qui hésiteraient… cette ile de pêcheurs est un monde à part où les autochtones revendiquent d’ailleurs leur singularité. Le soleil chasse très vite les nuages, et alors là les bivouacs les plus grandioses s’offrent à vous.
Cette douce transition nous a permis de quitter tranquillement les belles estancias aux toits rouges pour accéder à des zones plus peuplées, plus vertes d’une végétation abondante, et donc de ce fait à nouveau à des fruits et des légumes en pagaille. Il était grand temps !

A nouveau nous regagnons la Route 40 vers San Carlos de Bariloche. Mecque des sports d’outdoor et surtout point de départ de la route des 7 lacs. Route (très) touristique qui serpente à travers les montagnes, entre lieux de villégiature chic et baignades dans les eaux cristallines, ce bel itinéraire a constitué une pause aux airs de vacances. Nous avons apprécié la fonction « track me » de notre drone, qui nous a permis de survoler le véhicule durant sa progression, avec une belle prise de vue du parcours. Dans la foulée, le parc des 800 volcans a constitué une belle expérience de conduite sur « la pampa negra » (lave noire) dans un paysage austère de centaines de volcans. Excellente opportunité pour aller voir de près l’activité post-volcanique avec les enfants. Le franchissement était de mise entre les roches : vive la boîte courte et le sang froid ! Mais c’est la route qui accède au Christ rédempteur situé au bout de la vallée de l’Aconcagua, à la frontière historique Argentino-chilienne à 3900 mètres d’altitude qui aura remporté la palme de la montée d’adrénaline : 9 km de lacets serrés à flanc de montagne où l’on se croise sur des routes plus qu’étroites, les freins ne devant pas lâcher !

La région de Mendoza, bien connue pour ses vignobles, a été pour nous le moment du check- up du Defender. La traversée de la Patagonie avec les additifs mis dans l’essence (pour éviter son gel) nécessitait une vidange complète (moteur, boite de vitesses et différentiels) où le plus difficile restait de trouver l’huile spéciale de boite de vitesses (finalement trouvée au Chili !). Dans un pays où la législation exige que l’on laisse allumer les feux tout le temps, il a fallu changer le comodo qui avait fini par fondre, en l’absence de relais électrique (défaut connu des Def). Une rotation des pneus a également été effectuée pour optimiser leur usage. Le Defender requinqué pouvait alors reprendre sa route, aride, rocailleuse, et ses plateaux de moyenne altitude. Et c’est 60 lacets que nous avons vaillamment enchaînés pour rejoindre Tucuman. La vue est superbe mais quel sport à chaque virage avec l’angle de braquage du Defender !

La région du Nord laissent définitivement place à l’altiplano avec ses cactus candélabres et ses lamas. Ceux qui vivent ici sont empreints des traces de leurs ancêtres. Ancrage territorial qui fait fi des frontières terrestres. Ici les maisons sont à toit plat et réalisées en adobe. L’artisanat repose sur la confection des mêmes motifs, ici en Argentine, demain en Bolivie, et après-demain au Pérou. La prédominance culturelle ici est très forte. Les vestiges Incas sont honorablement préservés et la ville de Salta réserve un incroyable trésor : la présentation de trois enfants momifiés, sacrifiés il y a 500 ans en l’honneur de la Pachamama selon les croyances Inca, qui furent trouvés il y a une vingtaine d’années à 6700 m d’altitude ! Ce trait d’union entre les fouilles archéologiques et ces heures passées à remonter ces montagnes aux couleurs spectaculaires est de très bon augure pour la suite de notre voyage. Ici s’achève, aux portes de la Bolivie, la route 40, qui nous aura emporté à travers tout le pays dans tout ce qu’il comporte de diversités. Les arbres couchés par le vent dans le sud laissent désormais place à la roche rouge, et les guanacos en grand nombre ont disparu au profit des lamas et des vigognes. Les gauchos à cheval croisés le long des routes se sont transformés en de grandes panières d’osier portées sur le dos de ces femmes andines sans âge dont le visage est marqué, mais les yeux toujours brillants. Nous quittons l’Argentine à regrets, mais déjà depuis quelques jours on se sent terriblement plongés dans les Andes et les secrets d’Histoire à nous livrer.

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