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5 mars 2020
Grégoire Mahuzier

The Morgus family on the road - Nouvelle N°2

Trois mois et demi que nous parcourons le continent sud-américain à bord d’un Defender 130 équipé d’une cellule. Partis pour une année de Nantes, retour sur cette première partie de notre périple, de Montevideo à Ushuaïa

Après une année de préparation intense, tant mécanique - pour préparer le véhicule - qu’administrative (absences professionnelles et gestion de l’école pour les enfants), début août 2019 nous quittions Nantes pour Montevideo, en Uruguay. Le véhicule, lui, avait été envoyé par conteneur, depuis le Havre. Mieux encore, pour partager les coûts, mais aussi la bonne humeur, nous avons trouvé une autre famille heureuse propriétaire d’un Defender 110, qui avait le même projet que le nôtre ! nous avons donc envoyé les Def ensemble, dans un container de grande hauteur, depuis le port du Havre. Mi-juillet on mettait nos caisses à clous dans une grande boîte en métal qui allait mettre 3 semaines à rejoindre les côtes uruguayennes. Ca y est le voyage pouvait commencer ! c’est parti pour une année de road trip à travers l’Amérique du sud. Depuis le port de Montevideo aux confins de la Terre de feu, par-delà Ushuaia, notre épopée remontera ensuite la cordillère des Andes, pour atteindre le Pérou, puis continuer jusqu’au Costa Rica. Ce n’est pas moins de 10 pays que nous nous sommes promis de découvrir.

Au commencement, il y avaient les Morgus (Mor(gane) + (Au) Gus(tin), la quarantaine joyeuse, heureux parents de 2 garçons plein de vie, Louis (8ans) et Côme (6ans) au moment du départ. Le portrait de famille resterait incomplet sans la présentation de notre monture, fameux cube d’aluminium, celui sans lequel rien de tout cela ne serait possible : un Defender 130 double cabine, équipé d’une cellule « maison ». Aujourd’hui, on ne regrette pas ce choix, et pourtant vivre à 4 dans un habitacle si petit (2mètres X 3m70 soit 3,40m2) quel challenge au quotidien !

Lors de la préparation du véhicule, nous avons recherché plutôt à assurer un maximum d’autonomie pour nous permettre des bivouacs sauvages de 2 à 3 jours. L’installation électrique est classique (nombreux ports USB, panneau solaire, et des leds pour l’éclairage de la cellule. Notre capacité en eau est de 110L incluant le réservoir sur la galerie auquel nous branchons une douchette, l’apesanteur fait le reste ! nous avons installé un réservoir additionnel sous la banquette arrière. Nous regrettons de ne pas avoir intégrer à l’équipement de la voiture un filtre à charbon Nous avons donc un bidon de 20L qui filtre l’eau, mais son encombrement est important et la gestion au quotidien est un peu lourde.

La cellule initialement permettait déjà un couchage double. Nous l’avons transformée pour rendre le toit relevable, et y coucher les deux enfants (soit 2lits de 73X 168). Chacun son lit ! c’est d’ailleurs le seul endroit où ils ont chacun leur (petit) espace. La cellule permet d’avoir ce ressenti de « maison » : dès que les conditions météo sont mauvaises, elle permet vraiment d’avoir des temps de vie à l’intérieur, en attendant mieux. On essaie au maximum d’en profiter pour alterner jeux de société, films en famille, séances photos…tous ces moments que l’on jugeait trop rares dans notre vie de sédentaires, et pour lesquels nous souhaitions prendre du temps avec nos enfants. Nous pourrons d’ailleurs revenir sur l’instruction en famille, mais si le temps en voyage dédié à l’école est généralement très écourté, c’est parce que par ailleurs, il y a déjà mille et une façon de transformer le quotidien en jeux : distances kilométriques à convertir, monnaie locale à changer, cartes postales à écrire, nouveaux mots de vocabulaire à assimiler….

A l’heure où vous lirez ces lignes nous devrions afficher 15 000km au compteur. Nos débuts furent balbutiants : apprendre à cohabiter sereinement avec autant de promiscuité, trouver son rythme de voyage (journées courtes en hiver avec la nuit qui tombe à 18h) et trouver de la ressource pour faire preuve de patience avec ses enfants ….

L’Uruguay nous accueillait sous le vent froid et pluvieux d’un hiver qui s’étire. Pour nous protéger de cette mauvaise météo les panneaux isolants apposés le long de la toile de tente ont été précieux. Mais n’ayant pas de chauffage, on avait vraiment trop froid pour pouvoir profiter et avons décidé de ré- ajuster l’itinéraire, pour filer vers le Brésil. On choisit de revenir en Uruguay plus tard, sous de meilleures températures. La vraie liberté du voyage !

La côte atlantique et ses étendues de plages nous ont permis de réaliser la douce transition avec les statons balnéaires à la mode comme Punta del este ou bien encore Punta del Diablo pour poursuivre le littoral brésilien. Ici on va décider de remonter le pays par son littoral, et on a avancé au gré des bivouacs dans les dunes. Nos rencontres se sont limitées aux pêcheurs posant les filets et des mammifères marins sur des centaines de kilomètres.

Le Brésil nous a surpris par son immensité. Les distances sont tellement importantes, que nos repères s’en trouvent changés. Il est indispensable- et surtout inimaginable- de ne pouvoir recourir à l’avion pour ses déplacements.. Fernando et Laeticia, couple en célibat géographique, partagés entre Rio de Janeiro et Porto Alegre, ne pourraient se voir sans l’avion. Le réseau ferré est inexistant, et les routes dangereuses, notamment de nuit. Ou bien encore Julio, propriétaire de plusieurs Faizendas (exploitations agricoles) pilote son avion personnel pour se rendre d’une propriété à une autre, éloignées de plusieurs centaines de km les unes des autres. Il ne s’agit pas d’un propriétaire richissime qui utiliserait son jet pour le loisirs. Il s’agit d’un propriétaire d’exploitations de tailles moyennes. Ce n’est pas un attribut de distinction social mais vraiment un outil de travail. D’ailleurs chez Julio, nous avions enfin trouvé un bivouac, cachés de la route derrière les palmiers, au milieu des ñandous (sorte d’autruches), enfin un endroit où l’on pouvait pénétrer avec le Defender, sans avoir de barbelés (omniprésents au Brésil ce qui rendaient les lieux de bivouacs laborieux) . Là on apprend notre spot est largement utilisé par les narcotrafiquants ! En effet, nous nous trouvions près d’une ville frontière avec le Paraguay, haut lieu de trafic, et où les règlements de compte sont fréquents. Dans ce quotidien-là, on a vite découvert une population civile fréquemment armée. Nous ne nous sommes jamais sentis en danger, mais on a compris que la population développait son auto-défense ; en réalité on a eu plus souvent peur des feux de forêts que pour notre sécurité physique.

Nous sommes rentrés au Paraguay par Ciudad del Este, ville frontalière où le trafic migratoire et de marchandises illicites sont intenses. Une mésaventure avec un gardien de parking peu scrupuleux, et des policiers corrompus, ont rendu nos 1ers contacts avec ce pays compliqués. Heureusement, et c’est la magie du voyage, l’hospitalité chaleureuse des habitants a vite balayé ces mauvais souvenirs. Alors que l’on s’habituait à cette ruralité prégnante, le contraste saisissant nous rattrape lorsqu’à Encarnacion (3ème ville du pays au centre-ville triste de ses enseignes au néon et façades décaties) nous nous sommes baignés dans le Rio Parana, face à Posadas, (ville frontière située en Argentine), où s’élevaient des gratte-ciels au modernisme criant. Les deux villes se font face et des décennies de développement économiques les séparent.

Retour en Uruguay pour quelques jours pour achever l’histoire que nous avions commencé à écrire ici mais qui avait dû être avortée faute d’un temps clément. L’Uruguay qui a un côté 1er de la classe aux pays du Mercosur. Les grandes villes sont très occidentalisées et les estancias particulièrement convoitées par les investisseurs de pays voisins ( le peso uruguayen est une monnaie très stable et point de milice qui rançonne). Surtout ce pays se visite depuis l’intérieur. N’hésitez pas à rejoindre Paysandú ou bien encore Tacuarembó, patrie des Gauchos, pour connaître ce que peut être la vie rurale uruguayenne. Ce pays de taille modeste regorge d’une énergie formidable et de trésors inestimés. Cette campagne intacte où l’on vit hors du temps. Le seul temps qui importe véritablement là-bas est celui du bétail. La vie des animaux, le temps des accouchements et celui des accouplements, travailler la préservation des races, mener le troupeau jusqu’à maturité…Nous avons l’incroyable opportunité d’assister à une vente aux enchères animales : le commissaire-priseur fait monter les enchères devant ces taureaux Angus devant les propriétaires des estancias du coin qui se toisent. Ici les vêtements traditionnels gauchos sont portés au quotidien, et seul la vie de leurs exploitations rythme leurs préoccupations. Nous avons eu la chance d’être invités dans deux estancias successivement. Ici point de réseau. Pour trouver la maison, tu quittes la route, et tu prends une piste durant plus de 2h. tu descends de voiture pour ouvrir des barrières. Tu refermes des barrières, tu pousses des vaches, tu crains les moutons qui sont nombreux et peuvent surgir à chaque instant, tu traverses des guets…la maison est là, au milieu de l’immensité d’hectares qui l’entourent. Lors de notre séjour, un matin, une vache était en cours de délivrance. On se précipite auprès d’elle : 2 gauchos la soulagent avec un treuil pour sortir ce veau mort-né. Il sera donné aux cochons dans la foulée, sans autre forme de ménagement. Et de notre côté on s’en retourne autour de l’asado ( nom donné au barbecue, un vrai rite dominical en Amérique du sud) où un mouton a été sacrifié pour notre venue. Sacrés souvenirs !

Nous a avons quitté à regrets l’Uruguay qui nous avait fait vivre ces instants qui restent encore à ce jour parmi les plus forts de notre voyage. Mais le désir de gagner l’Argentine devenait pressant car nous avons souhaité accorder beaucoup de temps à ce pays immense qui nous faisait très envie. Ce pays nous a accueilli dans son ventre de la plus belle des façons : notre Defender sort en premier du ferry, qui fait la liaison maritime entre l’Uruguay et Buenos Aires traversant le rio de la Plata. Sublime sensation que de sortir du bateau pour sentir sous ses pneus le sol argentin tellement attendu. Pour profiter au mieux de cette ville pleine de promesses, nous nous sommes sédentarisés quelques jours en louant un appartement, histoire que toute la famille fasse une pause et regoûte aux joies du confort du modernisme. Sublime Buenos Aires où les nombreux musées et parcs ont su largement nous occuper.

On a bien dû reprendre la route après cette belle parenthèse citadine. Nous n’avons jamais autant avalé autant de poussière que les jours qui ont suivi, qui nous ont mené à la Péninsule Valdès ! ce fut une très belle surprise que nous avions sous-estimée : la rencontre avec les baleines, ou bien encore l’observation d’une famille d’orques en pleine chasse fut pour chacun d’entre nous un spectacle inoubliable. Cette réserve nationale nous a permis des bivouacs sublimes devant les falaises crayeuses et les eaux émeraudes. La Patagonie commençait à se faire ressentir de par ses lumières uniques au monde. Ou bien encore cette horde d’orques rencontrée le jour suivant, chassant des phoques.

Aujourd’hui nous avons atteints Ushuaia, cette bande terre prise en étau entre la chaîne de montagnes et la mer. De belles randonnées nous attendent pour aller découvrir d’en haut le canal de Beagle. Cette étape est fascinante pour nos enfants, pour leur resituer les découvertes des grands explorateurs. Il sera difficile de quitter cet endroit magique aux mille couleurs où le ciel si changeant est comme un kaléidoscope. Une fois encore le Defender nous offre un bivouac de rêve avec une vue sur la baie en grand format. Le rêve à portée de main…

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