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7 février 2011
Grégoire Mahuzier

Le bâton de Maréchal du maréchal croate Slavko Kvaternik

par François de Lannoy 39-45, No 267, Mai 2009

Le 10 avril 1941, à la faveur de l’effondrement de la Yougoslavie écrasée en quelques jours par les divisions de la Wehrmacht, la Croatie proclame son indépendance. Le nouvel état, gouverné autoritairement par Ante Pavelic, avec le titre de Poglavnik, se dote immédiatement de tous les attributs d’un pays indépendant : emblèmes nationaux, monnaie, armée. La mise sur pied de cette dernière est confiée à un fidèle d’Ante Pavelic, Slavko Kvaternik, ancien officier de l’armée austro-hongroise. Devenu Ministre de la défense puis Vice président de l’État, Slavko Kvaternik est promu maréchal le 13 juin 1941. A cette occasion, il se voit remettre l’attribut de sa dignité, qui, contrairement à celui en usage dans la plupart des pays d’Europe (France, Angleterre, Allemagne notamment), ne se présente pas sous la forme d’un bâton mais d’une petite hache. C’est cet objet unique, conservé de nos jours dans une collection privée, que nous vous présentons ici.

Le maréchal Slavko Kvaternik

Slavko Kvaternik naît le 25 août 1878 à Vucinic Selo, dans le canton de Vrbovsko, non loin de la frontière Slovène. Il est apparenté à une des grandes figures du nationalisme croate au XIXe siècle, Eugen Kvaternik (1825-1871), champion de l’indépendance de la Croatie contre les Habsbourg et bras droit d’Ante Starcevic, fondateur du parti national croate (devenu ensuite Parti du Droit) et dont la politique se résumait par la devise « la Croatie aux Croates ». On mentionnera aussi les deux frères de Slavko Kvaternik : Petar Milutin, né en 1882, officier de carrière, tué en avril 1941 à Crikvenica au moment de la prise du pouvoir et Ljubomir né en 1887, ingénieur agronome, préfet oustachi (veliki zupan), mort en exil en RFA en 1890.

Après ses études secondaires, Slavko Kvaternik suit les cours de l’Académie militaire et rentre dans l’armée austro-hongroise comme officier d’état-major. Pendant la première guerre mondiale, il sert notamment comme aide de camp du maréchal Svetozar Borojevic von Bonja, chef de la 3e armée austro-hongroise sur le front russe puis commandant en chef des forces autrichiennes sur le front italien de l’Isonzo. Il termine la guerre avec le grade de lieutenant-colonel et la Croix de fer de première classe. Il avait auparavant épousé Olga Frank, d’origine israélite, fille de Josip Frank, chef du Parti du Droit, qui lui donnera trois enfants. Olga Frank se suicidera en août 1941.

En 1918, au moment de l’effondrement de l’Empire des Habsbourg, Slavko Kvaternik apporte son soutien au Conseil National des Slovènes, Croates et Serbes (alias Conseil de Zagreb) (1) puis à l’État Souverain des Slovènes, Croates et Serbes (2) avant de se rallier au Royaume des Serbes, Croates et Slovènes (KSHSJ, dirigé par la dynastie serbe des Karageorgevic. Promu colonel, il est dépêché dans la région de Medjimurje que les Hongrois ont envahi et parvient à es repousser. Il sert ensuite, toujours avec le grade de colonel, dans l’armée du nouveau royaume avant de prendre sa retraite en 1921. Rendu à la vie civile, il travaille brièvement comme employé de banque puis se lance dans la politique en adhérant au Parti du Droit dont le vice-président est alors Ante Pavelic. En 1929, il rejoint l’Oustacha (31 et à partir de 1932, il contribue à la création des groupes armés de cette dernière. Après l’attentat de Marseille contre le roi de Yougoslavie Alexandre, organisé par l’Orim (4) avec le soutien de l’Oustacha (9 octobre 1934), il est interné au Montenegro. Relâché, il collabore avec le chef du parti paysan, Vladko Macek tout en dirigeant plusieurs groupes oustachis comme Uzdanica et Hrvatski Domobran.

En avril 1941, au moment de l’attaque allemande contre la Yougoslavie, Slavko Kvaternik dirige les insurgés oustachis de la région de Zagreb. C’est à ce titre et au nom d’Ante Pavelic, qu’il proclame le 10 avril 1941 l’indépendance de la Croatie, avec l’assentiment de l’Allemagne. Associé à la « Direction de l’État Croate » (Hrvatsko drzavno vodstvo) qui se met aussitôt en place, il prend la tête du premier état-major et s’attache à coordonner les forces oustachies. A l’arrivée de Pavelic à Zagreb (15 avril 1941), il rentre au gouvernement en qualité de Ministre de la Défense et se consacre désormais à l’organisation de la nouvelle armée croate (HOS) (5). Deuxième personnage de l’État, Kvaternik accumule les fonctions et les honneurs. Premier assesseur du Poglavnik, il est également membre du Grand État-Major Oustachi (GUS), Ministre, de la Défense et vice-président de l’État (doglavnik). Le 13 juin 1941, il reçoit la dignité de maréchal ou vojskovodja dont il restera le seul et unique détenteur. Il portera aussi le titre honorifique de krilnik oustachi ou général (le plus haut grade opérationnel dans la milice oustachie étant celui de colonel ou pukovnik). Enfin, le 11 février 1942, il se voit remettre l’Ordre du Trèfle de Fer de 1ère classe, la plus haute décoration de l’État indépendant croate, donnant le droit au titre de vitez (chevalier) (6’).

Mais l’ascension du maréchal croate s’arrête en 1942. Suite à un différend avec Ante Pavelic et à des divergences sur les orientations politiques de l’État Indépendant Croate, Slavko Kvaternik part pour la Slovaquie le 5 octobre 1942 et s’y établit dans la station thermale de Piest’any. En décembre 1942, il quitte le gouvernement et en janvier 1943, il abandonne ses fonctions de ministre de la Défense. Gardant son titre de maréchal en retraite, il s’installe en Autriche, à Semmering (où Virgil Gheorghiu, dans ses Mémoires, raconte l’avoir aperçu) puis à Bad Gastein. C’est dans cette ville qu’il est arrêté par les Américains le 12 juillet 1945. D’abord interné à Salzbourg puis à Gmunden et Glasenbach, il est livré aux communistes yougoslaves le 9 septembre 1946. Condamné à mort le 6 juin 1947, il est exécuté à Zagreb ; le 7 juillet suivant.

La hache

Dans la plupart des pays d’Europe (France, Angleterre, Allemagne) l’emblème de la dignité de Maréchal se présente sous la forme d’un bâton. Chargés d’une grande dimension symbolique, ces bâtons évoquent les sceptres portés par les souverains ou encore les bâtons de commandement eux-mêmes dérivés des anciennes masses d’arme. Dans la Pologne indépendante de l’entre-deux-guerres, l’insigne de maréchal de Pologne adopte la forme d’une masse d’arme du XVIe siècle (bâton avec une extrémité renflée). En 1941, les Croates vont concevoir un bâton de maréchal complètement différent, s’inspirant non pas des anciennes masses d’arme mais des haches de combat des anciennes armées croates. Ces haches, dont il existait plusieurs types, se nommaient topor, fokos ou balta, cette dernière étant l’un des armes favorites des pandours du baron Franjo Trenk (Franz von Trenk) (7).

Le bâton du maréchal Kvaternik, qui adopte donc la forme d’une hachette (sjekirica), comporte une partie en argent, en partie dorée, ciselée, gaufrée, émaillée et incrustée de pierres précieuses prolongée par un manche en bois. ’

Les deux côtés du fer sont décorés de feuilles de rose sur fond grenelé. La jonction de ce fer avec la partie haute du manche est assurée par un collet gravé de l’inscription suivante : « Hrvatskom Vojskovodji S. Kvaterniku-13 lipnja 1941.- Poglavnik A. Pavelic » (« Au chef de l’armée S. Kvaternik-13 juin 1941-Poglavnik A. Pavelic »). Juste en dessous de cette dédicace, se trouve le poinçon de l’orfèvre « GK » et le poinçon d’argenture. La partie haute du manche, toujours en argent, est richement décorée. Tout en haut apparaît un entrelacs traditionnel croate (entrelacs à trois lignes, appelé troplet ou plater), agrémenté de trois saphirs. Juste en dessous est représenté l’écu croate, un échiqueté d’argent et de gueules, avec de chaque côté un rubis, un diamant et un saphir sertis, évoquant les trois couleurs de la Croatie, le rouge, le blanc et le bleu. Sur le reste du manche (partie en argent) figurent les silhouettes gaufrées et assez finement ciselées de trois personnages surmontées de leur nom : Berislavic en haut, Zrinski au centre et Frankopan en bas (cf encadré sur ces personnages). Sous le dernier personnage, un rubis, un diamant et un saphir sont sertis. Le même décor est répété sur l’autre face du manche sauf que l’écu croate est remplacé par deux drapeaux, aux couleurs croates, entrecroisés et environés en haut de deux rubis encadrant un diamant et en bas de deux saphirs encadrant un autre diamant. Cette partie du manche, entièrement en argent, est prolongée par une seconde partie en bois, sculptée de cannelures avec embout conique en argent également cannelé. L’ensemble de ce bâton-hache fait 78 cm de long. La partie en argent pèse 628 grammes.

Les photos illustrant cet article montrent la manière dont était porté le bâton en certaines circonstances. Lorsque Slavko Kvaternik salue un interlocuteur, il tient son bâton verticalement de la main gauche, le tranchant vers l’avant à la hauteur de la poitrine. On ignore si, comme pour les bâtons classiques, celui de maréchal croate pouvait être brandi lors des revues ou cérémonies militaires.

Remerciements à M. Christophe Dolbeau pour son aide

LES TROIS HÉROS DE l’HISTOIRE CROATE FIGURANT SUR LA BATON DE MARÉCHAL DE SLAVKO KVATERNIK

Les concepteurs du bâton de maréchal de Slavko Kvaternik ont choisie faire d’y figurer les représentations de trois héros de l’histoire croate s’étant distingué contre l’Empire Ottoman et l’Empire des Habsbourg. Ce choix est à mettre en rapport avec la doctrine prônée par les fondateurs du Parti du Droit, dont était issu Ante Pavelic : le refus de toute domination extérieure et l’autodétermination du peuple croate.

Le premier personnage représenté est l’évêque Petar Berislavic, originaire de Trogir, sur la cote dalmate, Bresilavic. Ban de Croatie (titre équivalent à celui de vice-roi) de 1513 à 1520, Berislavic se distingue dans la lutte contre les ottomans qu’il bat en 1513 près de Dubica. En 1518 il réalise l’exploit de traverser les territoires occupés par les Turcs et d’arriver jusqu’à la ville assiégée de Jajce en Bosnie, lui apportant vivres et munitions. I1 est tué en 1520. Sur le manche de la hache, Berislavic est représenté avec ses ornements épiscopaux, la tête coiffée d’une sorte de calotte, tenant dans ses mains une croix, l’épée ceinte au côté.

Le deuxième personnage est un représentant de la grande famille Zrinski. I1 peut s’agir ici de Nikola Subic Zrinski, ban de Croatie de 1542 à 1554, défenseur de la Croatie contre les ottomans et héros de la bataille de Siguet au cours de laquelle les ottomans perdent 18 000 soldats et 9 000 janissaires dont le sultan Soliman le Magnifique. Plus certainement (à en juger notamment à la tenue) c’est plutôt le petit-fils de ce dernier, également prénommé Nikola, qui est ici représenté. Né en 1620 à Cakovec, Nikola Zrinski participe aux combats contre les Turcs avant de jouer un rôle important au service des Habsbourg pendant la guerre de Trente ans, remportant plusieurs victoires sur les Suédois et sauvant l’empereur de la capture. Nommé Ban de Croatie en 1647, il s’attache à défendre les droits des Croates. Héros de la lutte contre les ottomans, il est connu dans toute l’Europe et couvert d’honneurs. Mais en 1664 il est assassiné sur ordre de Vienne qui conclut la même année une paix avec les Turcs. Sa mort déclenche une révolte contre les Habsbourg, dirigée par le frère de Nikola Zrinski, Petar Zrinski (dont il peut aussi s’agir) et son beau frère, Krsto Frankopan et à laquelle se joignent des personnalités Hongroises. Tous reprochent aux Habsbourg leur absolutisme et une politique trop conciliante à l’égard des Turcs.

Le troisième personnage est un membre de famille croate des Frankopan. I1 s’agit ici très certainement de Krsto Frankopan que nous venons d’évoquer. Issu d’une grande famille croate qui donnera aussi un ban, Krsto Frankopan prend donc la direction de l’insurrection contre Vienne. Après l’échec de Petar Zrinski qui avait proposé en vain la couronne de Croatie à Louis XIV et au roi de Pologne et enfin le paiement d’un tribut au Sultan, les insurgés demandent leur pardon et leur réconciliation à l’Empereur Léopold 1er. Ce dernier accepte, mais à peine arrivés à Vienne, les insurgés, dont Krsto Frankopan, sont jetés en prison et condamnés à mort. Zrinski, Frankopan et le Hongrois Nadazy sont finalement exécutés le 30 avril 1671.


1) Gouvernement de transition formé à Zagreb avec l’aval de l’empereur Charles dirigé par un Slovène, un Croate et un Serbe de Croatie mais non encore reconnu par les Alliés. Il entreprendra des négociations avec la Serbie en vue de constituer un état rassemblant les Slaves du sud (Yougoslaves).

2) État né des négociations entre le Conseil de Zagreb el la Serbie, qui deviendra le 1er décembre 1918 le « Royaume uni des Serbes, Croates et Slovènes » et sera reconnu par les alliés.

3) Organisation terroriste fondée par Ante Pavelic en 1930. Soutenue par Mussolini son but est de rétablir l’indépendance de la Croatie par la force s’il le faut.

4) Organisation terroriste Macédonienne luttant contre la main-mise serbe sur cette région.

5)Sur l’armée de l’état indépendant croate voir notre article paru dans le 39/45 Magazine n°182 (septembre 2001), p. 14-34, ainsi que l’ouvrage de Christophe Dolbeau Les forces armées croates 1941-1945, Lyon2002.

6) Comme le titre de Ritter (chevalier) attaché à l’ordre bavarois de Max Joseph, celui de Vitez est porté juste avant le patronyme, on dira Slavko vitez Kvaternik.

7) Né en 1711 et issu d’une famille noble de Slavonie (partie de la Croatie située entre la Save et la Drave, capitale Osijek), Franjo Terek se met au service de la Russie puis de l’Autriche, organisant à ses frais un régiment de mercenaires qui se distingua pour sa férocité.

Voir en ligne : http://voiceofcroatia.net/chosesMer...

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